Par Sophie Bigot-Goldblum

 

A chavouot, il est question du don de la Torah et, bien souvent, de gâteau au fromage. Cette année, nous nous proposons de passer du goût à l’ouïe et de mettre l’accent sur les musiques de Shavuot. Car cette fête a donné lieu à la naissance du fameux pyuitim («poème liturgique») («poème liturgique»). Tour d’horizon. 

Akdamut 

Connaissez vous l’Akdamut, ou Akdomus Milin, “l’introduction aux mots”, ou plutôt l’introduction aux dix paroles, aux Dix Commandements. L’Akdamut désigne un célèbre piyyut écrit en araméen chanté tous les ans à Shavuot dans les synagogues ashkénazes 

 

Considéré comme « le piyyut le plus connu et le plus aimé du judaïsme”, il est  écrit au onzième siècle par le rabbin Meir bar Yitzchak (Nehorai) d’Orléans, lequel  était hazan à Worms, en Allemagne. Meir Bar Yitzchak s’y applique à vanter les louanges de Dieu, de sa Torah et de son peuple, un thème de choix pour Chavouot. 

 

Si aujourd’hui, on lit ce piyyut pendant la lecture de la Torah, la pratique originale consistait à le réciter après la lecture du premier verset (Exode 19: 1). Au cours des derniers siècles, la pratique s’est développée, dans de nombreuses congrégations (principalement d’Europe de l’Est), de le lire dès que le cohen est appelé à la lecture de la Torah, soit avant qu’il ne récite la bénédiction sur le don de la Torah.

 

Quelle était la source de l’ancienne pratique? Il faut se souvenir que, de l’époque biblique jusqu’à l’époque médiévale, chaque verset de la lecture de la Torah était lu à la fois en hebreu et dans sa traduction en aramen. Il semblait donc approprié, après la lecture du premier verset hébreu, pour un autre lecteur de fournir un gloss araméen comprenant cette “akadama’” ou introduction. 

 

Au fil des siècles, l’usage de l’araémen parmi les communautés juives s’est peu à peu perdu, et l’interprétation simultanée en araméen est naturellement tombée en désuétude, puisqu’elle n’aurait plus à la compréhension du texte biblique. Plus qu’une traduction, la récitation de l’Akdamut en araméen devenait alors une interruption étrange . 

 

On a alors choisi de donner au poème un rôle d’introduction musicale et solennelle. Aujourd’hui, un grand nombre de congrégations le chante de façon alternée entre le hazan et le public : le baal keriah (lecteur de la Torah) chantant deux versets, et la congrégation répondant avec les deux versets suivants. 

 

Son adoption dans la liturgie régulière a pris un certain temps; il n’est mentionné dans le cadre de la liturgie de Chavouot que dans la première décennie du XVème siècle et le premier livre de prières à le contenir a été publié en 1557. 

 

La langue d’Akdamut est laconique, compliquée, et regorge de références à la Torah et au Talmud. Chaque ligne a dix syllabes et se termine par la syllabe « ta » (תא), qui est orthographiée avec la dernière lettre (tav) et la première lettre (aleph) de l’alphabet hébreu. L’auteur cherchait à exprimer l’idée selon laquelle il ne faut jamais cesser d’apprendre la Torah – quand on a fini, il faut recommencer depuis le début-. 

Voici un lien pour (ré)écouter l’akdamut

 

Azarot

 

Les Azharot ou «exhortations» sont des poèmes liturgiques didactiques qui ou des versifications des 613 commandements.  Le premier exemple connu apparaît au Xème siècle dans le Siddur de Saadia Gaon. 

 

Mais bien d’autres rabbins se sont pliés à l’exercice, car tous ne comptent pas les 613 commandements de la même manière! D’ailleurs les communautés séfarades / orientales récitent l’azharot d’Ibn Gairol, tandis que les communautés nord-africaines du Maroc, d’Algérie, de Tunisie et de Libye récitent l’azharot de Barceloni. Les azharot les plus connus sont ceux de deux auteurs espagnols du Moyen Âge; Isaac ben Reuben Albargeloni et Solomon ibn Gabirol ainsi que celui de l’auteur français Elijah ben Menahem Ha-Zaken. 

Ici un chant sefarade pour chavouot!

 

Certaines communautés de la diaspora séfarade chantent les commandements positifs des azharot le premier jour de Chavouot, et les commandements négatifs le deuxième jour. 

 

Shavuot peut donc être l’occasion de revenir sur l’histoire de la poésie liturgique juive, de la tradition des décomptes des mitsvot, ou encore de l’histoire des traductions de la Torah. Bien des thèmes qui s’accompagnent aisément d’une part de gâteau au fromage!