Selon un sondage réalisé en 2020 pour l’Union des Etudiants Juifs de France, l’histoire de la Shoah est connue par 87% des jeunes de 15 à 24 ans en France. 68% des jeunes sondés assurent d’ailleurs connaître la rafle du Vel d’Hiv, un chiffre en nette augmentation par rapport à 2012, où ils n’étaient qu’un tiers. Un nouvelle encourageante donc, si elle ne s’accompagnait pas d’une  exposition croissante aux théories négationnistes : 23 % des moins de 38 ans sondés pensent ainsi, soit que l’Holocauste est un mythe, soit que le nombre de Juifs assassinés pendant l’Holocauste a été largement exagéré, un pourcentage qui n’est que de 10% chez leurs ainés. 

Comment transmettre la mémoire de la Shoah aux jeunes générations, à mesure que disparaissent les derniers témoins directs de cette tragédie? Comment leur donner les outils pour lutter contre la déformation  Par où commencer, et comment ? 

Bien sûr, les enfants doivent apprendre et comprendre le contexte historique de l’Holocauste, quand et pourquoi elle a eu lieu. Mais cet enseignement doit aller plus loin que les faits : « L’Holocauste est plus qu’une leçon d’histoire – c’est une leçon sur le comportement humain qui résonne aujourd’hui », déclare ainsi Jane Fossner Pashman, directrice du programme du Witness Project de l’UJA-Federation, un programme qui associe des étudiants et des survivants de l’Holocauste.

D’après les experts, c’est à l’adolescence que l’on peut commencer à donner des details sur l’Holocauste. Mais au-delà des faits historiques, il convient de placer au centre des discussions sur la Shoah les questions morales qu’elle suscite: comment des Allemands ordinaires ont-ils pu devenir nazis, comment certaines personnes ont-elles eu le courage de sauver des inconnus au péril de leur vie? Il ne faut pas hesiter, notamment auprès d’un jeune public, à partir d’expériences personnelles ou contemporaines résonnant davantage pour les jeunes enfants, afin de bâtir une conversation plus vaste sur la naissance de la haine, de la discrimination et des préjugés. Viennent à l’esprit ces mots de Eli Wiesel: : ‘Nous devons toujours prendre parti. La neutralité aide l’oppresseur, jamais la victime. Le silence encourage le persécuteur, jamais le tourmenté’ 

Interrogé sur l’enseignement de la Shoah dans les écoles juives, un educateur australien me confie : “Après l’école, la majeure partie de l’exposition des enfants à l’Holocauste se fera par le biais des média : il faut leur apprendre à naviguer et à interpréter des films sur la Shoah. Personnellement et je leur laisse choisir un film parmi une liste d’une grande variété d’échantillons.  Lequel s’accompagnera  de questions afin d’aiguiser  leur esprit critique sur la manière dont la Shoah est dépeinte.  

Ce n’est là qu’une piste parmi d’autres pour sortir des sentiers battus et ne pas laisser la mémoire de la Shoah se figer en un cours d’Histoire comme un autre.  Comme le remarque Valérie Cudkowicz, “les musées n’attirent plus les jeunes, lesquels désertent aussi les cérémonies officielles, souvent trop solennelles et longues à leur goût”. Parmi les nouvelles initiatives allant dans ce sens, on peut mentionner le regain d’intérêt pour les cérémonies plus intimes, comme Zikaron BaSalon qui met en liens survivants et familles d’accueil, le temps d’une soirée, ouvrant leur porte aux voisins et amis pour un témoignage suivi d’une discussion informelle. 

Si elles sont communes en Allemagne, les Stolperstein -ces petits pavés dorés qui inscrivent la mémoire du nom des déportés à même le sol des rues- font lentement leur apparition en France. 

Plus moderne -et un brin controversé-, le compte Instagram Eva.Stories, retranscrit pour ses  1,1 million d’abonnés  le journal d’Eva Heyman -une Hongroise de 13 ans ayant relaté l’invasion allemande de la Hongrie en 1944-, les hashtags et les emojis en plus. 

Pour finir sur une note plus positive, voici une  nouvelle initiative en direction de la jeunesse : Shem Olam, fondée en 2019 et qui a à cœur de mettre l’accent sur les qualités humaines s’étant  révélées durant la Shoah: l’entraide, la foi, la résistance.