Par Faustine Goldberg-Sigal

 

Cette année plus que jamais, nous avons pris conscience de l’importance que jouait notre environnement spatial, en particulier notre maison, sur notre santé, physique, mentale et spirituelle. Nous avons également exploré les questions de propre/sale, sain/contaminé, isolé/en contact avec une fréquence et une perspective sans précédent. 

 

L’an passé, lorsque Pessah et ses préparatifs commençaient, je n’avais peut-être pas mesuré à quel point ces questions deviendraient omniprésentes dans nos vies quotidiennes. (Il faut dire que j’étais loin de penser que nous y serions encore un an plus tard…) La nouveauté majeure que présentait Pessah avait alors été le fait que nous le célébrerions avec de toutes petites tablées, éventuellement connectées à d’autres via des moyens virtuels. Le confinement ne me pesait pas encore mentalement et physiquement et l’angoisse du virus était de facto tenue à distance par le fait que le confinement était si strict qu’il semblait nous protéger. 

 

Cette année, alors que Pessah se profile, les questions d’enfermement, d’émancipation, de contamination, de propreté, etc. ont indéniablement gagné de l’épaisseur pour moi. J’imagine que ce sont vers ces aspects de la fête que mon esprit errera plus spontanément. Si tel est également votre cas, je vous propose un petit questionnaire, comme une méditation active, pour vivre le nettoyage de Pessah d’une manière qui puisse nous aider à approfondir ce que Pessah nous dit de notre quotidien et vice-versa. Eh oui, cette année ne fera pas exception : nous sommes également commandés de nous percevoir comme si nous étions nous-mêmes sortis d’Egypte… J’ai remarqué récemment que la fête de Pessah et ses préparatifs sont toujours tous les deux très intenses, mais que nous explorons rarement le lien entre les deux: comment la préparation de nos maisons nous aide-t-elle à vivre la fête en elle-même?

 

Ce questionnaire peut vous servir en tant qu’éducateur pour faire le point sur une année difficile professionnellement, et personnellement, mais aussi vous servir de ressource pour une activité avec vos élèves ou avec vos collègues. 

 

Chaque année en préparation de Pessah, nous nettoyons nos maisons du hametz qui s’y est accumulé. 

Quel est le “hametz” émotionnel, spirituel, relationnel ou intellectuel que vous avez laissé s’accumuler chez vous et dont vous devez vous séparer?

 

Nous ouvrons des armoires, tiroirs, boîtes, etc. que nous avons évité de regarder ou de ranger depuis de longs mois.

Quelle est une tension que vous avez évité d’affronter ou de résoudre et que vous pourriez braver avant que la fête ne commence?

 

Le hametz n’est pas une substance dangereuse ou impropre en soi : le reste de l’année, nous le consommons avec joie! La semaine de Pessah nous invite à interroger plus qu’à condamner la notion de hametz. Par exemple, ce qui est intéressant dans le levain est qu’il est à la fois une forme de fermentation, donc de pourriture, et le potentiel d’une nouvelle création (pain ou autre). 

Quelle est une question dont vous n’arrivez pas à vous dépêtrer et sur laquelle la coupure de Pessah pourrait vous aider à avoir une nouvelle perspective? 

 

La halachah nous invite en fait à nous séparer du “hametz important” ou « significatif ». Nous n’avons pas besoin d’évincer toute micromiette derrière le canapé qui est en fait devenue de la poussière (bien que nous ayons tous tendance à la névrose…)

Quel est un défi dont vous vous faites une montagne et que Pessah pourrait vous aider à relativiser?

 

En fait, la mishnah (Pesahim 1:2) nous dit que nous devons mettre une limite au nettoyage du hametz parce que sinon “la chose est interminable”. La mishnah ne dit pas que nous ne nous inquiétons pas, ou que nous ne devrions pas nous inquiéter – elle nous dit que nous ne pouvons pas donner à cette inquiétude d’impact opérationnel. 

Quelle est une inquiétude ou angoisse grandissante que vous avez à laquelle vous sentez que vous devez imposer une limite?

 

Après avoir nettoyé nos maisons, nous brûlons symboliquement les derniers restes de hametz. Mais nous ne saurions compter sur ce rituel symbolique seulement : il doit être précédé d’un nettoyage effectif de nos maisons.

Quel est un problème que vous avez et pour lequel vous comptez trop sur des solutions externes au lieu de le prendre à bras le corps? 

Et à l’inverse : quel est un problème que vous essayez de traiter avec vos propres ressources et pour lequel vous avez besoin du soutien de vos proches?

 

La mishnah (Pesahim 2:1) nous raconte également une discussion sur trois options pour se séparer du hametz : le passer (en le vendant à non-juif ou en en nourrissant les bêtes), le brûler ou le mettre dans l’eau ou le vent. Ce qui est en jeu ici est (entre autres) à quel point nous voulons contrôler et observer la destruction du hametz. 

Comment avez-vous tendance à résoudre vos problèmes? Les passez-vous à quelqu’un que vous estimez mieux adapté à les traiter ou bien les résolvez-vous jusqu’au dernier détail? Ou les laissez-vous disparaître d’eux-mêmes? Quelle autre approche aimeriez-vous essayer?

Pour en revenir à l’idée de “chose interminable” : quel est un problème que vous acceptez que vous ne résoudrez pas – et que vous avancerez néanmoins dans votre vie?

 

L’an prochain à Jérusalem!

Que représente cette année cet espoir pour vous? Aller physiquement à Jérusalem? Une circulation plus libre? Une libération des contraintes sanitaires? L’accession égale à la liberté de tous ceux qui ont vécu les conséquences de la pandémie?