Par Faustine Goldberg-Sigal

 

A l’occasion du mois des fiertés, Spotify a produit un podcast appelé COMING OUT qui “donne la parole à des personnalités connues, et moins connues, qui racontent leur coming out et leur parcours pour s’accepter pleinement. En filigrane, ils et elles dessinent une génération qui a décidé de s’assumer et de ne pas avoir à justifier sa propre sexualité. Coming Out est un podcast original Spotify, imaginé et réalisé par Elise Goldfarb et Julia Layani.” Comme le précise le magazine Paulette, “Grâce à leur projet « Coming Out », Elise et Julia, avec l’aide de Spotify France, ont pu faire un don de 20 000€ à l’association Le Refuge, qui oeuvre à aider et à protéger les jeunes LGBTQI+ en situation précaire. Un podcast d’utilité publique, et qui ne cesse de faire le buzz, jusqu’à avoir réussi à se hisser en première place du classement des podcasts français sur Spotify.”

 

Les épisodes,  tous accessibles sur Spotify, figurent des personnalités telles que le rappeur Eddy de Pretto ou le député Mounir Mahjoubi mais aussi des anonymes. Parmi eux, un certain Nathan, qui raconte son coming-out dans le milieu orthodoxe de Strasbourg. Il y raconte le rôle qu’y ont joué ses parents et sa famille, mais aussi son école, des enseignants aux camarades de classe, ainsi que ce qu’on lui avait appris quant au judaïsme, explicitement ou implicitement depuis l’enfance. 

 

Pour de nombreux éducateurs juifs francophones de ces milieux, orthodoxes ou non, c’est l’occasion d’écouter un récit à la première personne sur la complexité et la violence qui peut accompagner un tel parcours. J’ignore ce qu’est la statistique en France, mais je n’oublie jamais l’effroyable chiffre que m’avaient appris des volontaires de l’association LGBT juive britannique Keshet UK : au Royaume-Uni, un adolescent homosexuel sur deux et deux enfants transexuels sur trois ont fait une tentative de suicide. Une adolescence LGBT conduit en majorité à tenter de mettre fin à ses jours. Comme le rappelle le Grand Rabbin Mirvis, rester silencieux face à cette situation est une transgression halachique (lo taamod al dam reecha, ne reste pas silencieux face au sang de ton prochain, i.e. la réprobation de la non-assistance à personne en danger). Rappelons que seule une pratique sexuelle particulière et non l’identité homosexuelle en général, qui est complexe et riche, est régulée dans la Torah. J’ai également été saisie par la pudeur et le respect qui se dégage des mots de Nathan quant à ses parents, sa famille, l’étude de la Torah et le judaïsme en général. 

 

Gabriel Abensour est né et a grandi à Strasbourg. Il est maintenant chercheur et enseignant (entre autres de halacha) à Jérusalem. Nous l’avions déjà interrogé au sujet du beit midrash Ta Shma qu’il a cocréé et codirige avec le rabbin Bitya Rozen-Goldberg à Jérusalem dans un article accessible ici. Nous reprenons ici (avec son amicale autorisation) la recension qu’il a écrit de ce podcast sur Facebook : 

 

Très très touché par ce témoignage de Nathan, qui a grandi dans une famille religieuse à Strasbourg. Sur la difficulté à se découvrir LGBT dans des communautés homogènes, sur le long chemin vers l’acceptation de soi et vers l’acceptation de son enfant.

J’ai fréquenté les mêmes écoles et les mêmes synagogues que Nathan. Je me rappelle de bien trop de propos homophobes, parfois prononcés par l’équipe pédagogique. Lors d’un séjour en 2015, j’ai entendu un pseudo « dvar torah » homophobe, à grand renfort de théories psychanalytiques douteuses, dans une synagogue où Nathan était peut être. Je regrette encore de m’être tu, alors qu’il y avait certainement un jeune présent qui se posait des questions sur lui-même ou un père qui devra un jour apprendre à accepter sa fille telle qu’elle est.

Ne pas se taire, c’est peut être la chose la plus simple et la plus efficace que chacun peut faire, à chaque moment. Et tant pis si cela vous vaut les noms d’oiseaux habituels – libéral, gaucho, bien-pensant, etc… C’est un moindre mal, comparé à ce que ces jeunes (et moins jeunes) doivent entendre au quotidien.

Parce que des jeunes n’ont pas à passer des années terribles dans les écoles juives, parce qu’aucun LGBT juif ne devrait un jour avoir à choisir entre couper les ponts avec son monde pour vivre, ou vivre une vie faite de haine de soi et de mensonges dans ce même monde.

Comme Nathan parle aussi des « thérapies de changement », qui en plus d’être inutiles sont souvent dangereuses, j’en profite pour signaler la prise de position du Rav Daniel Sperber cette semaine, considérant ces thérapies comme contraire à la halakha.

 

Pour aller plus loin, vous pouvez consulter le guide en anglais publié en 2018 par le grand rabbin orthodoxe du Royaume-Uni, Ephraïm Mirvis, avec l’aide de l’association Keshet UK, “The Wellbeing of LGBT+ Pupils – A Guide for Orthodox Jewish Schools”, “Le Bien-être des élèves LGBT+ – Un guide pour les écoles juives orthodoxes” (accessible gratuitement en anglais en cliquant ici). Nous avions publié un article le mentionnant à l’occasion de Pessah Sheni, que vous pouvez également lire en cliquant ici