Par Faustine Goldberg-Sigal

 

Le bout du tunnel confiné semble apparaître, mais nous n’y sommes pas encore : il faut encore un peu de patience. En tant qu’éducateurs, c’est aussi le moment de faire le bilan de ce que nous avons appris pendant cette période unique. L’un des apprentissages majeurs pour nous tous, enseignants, enfants et parents, a sans doute été les forces et faiblesses du numérique. Alors que la questions de la digitalisation de l’enseignement et des ressources se posait sporadiquement ou théoriquement depuis longtemps, la communauté pédagogique a été mise dos au mur. Les questions et difficultés étaient nombreuses – et elles ont aussi été l’occasion de se réinventer. 

 

Parmi les espaces de nouveauté ouverts par cette période est la digitalisation croissante des ressources des musées, notamment les musées juifs dans le monde. Alors que les portes étaient fermées et les vitrines éteintes, des équipes culturelles et pédagogiques se sont efforcées, du jour au lendemain, de faire parler leurs collections différemment. Tous ont pu en bénéficier, et visiter virtuellement des musées familiers ou inconnus. Certains musées avaient déjà numérisé une partie de leurs collections et cela a été pour tous une occasion de rafraîchir et augmenter leur offre. Éducateurs, enfants, curieux, universitaires, chômeurs, etc. ont pu visiter depuis leurs canapés les musées juifs de Berlin, New York, Prague, Jérusalem, etc. 

 

Celui de Berlin propose désormais un “online showcase”: “Pas tous ceux qui sont intéressés par nos sujets peuvent nous rendre visite. C’est pourquoi nous développons du contenu autonome, qui fonctionne sans visite au musée.” On peut y apprendre sur “l’année 1933 : le début de la fin”, “spoliations & restitutions”, “le Golem : du mysticisme à Minecraft”. Le musée d’Israël a également développé un site de visites virtuelles, à l’instar de celui de New York. Le musée d’art et d’histoire du Judaïsme à Paris a, quant à lui, ses collections en ligne depuis longtemps et a profité du confinement pour envoyer régulièrement à ses adhérents une newsletter “le mahJ chez vous”, proposant entre autres des vidéos d’anciens événements. Toutes ces newsletter sont accessibles sur leur site internet.

 

En outre, nombreux sont les musées qui ont développé de nombreuses et créatives ressources pédagogiques à destination des enfants. Le musée d’art et d’histoire du Judaïsme de Paris a envoyé par mail tous les mercredis à ses adhérents une activité pour enfants en PDF, mettant en valeur un aspect de la collection. Après le déconfinement, alors qu’il rouvre, le musée continuera de proposer des ateliers pédagogiques virtuels, comme “Au Théâtre avec Chagall” ou “Jardin des délices”. Le musée de New York propose des projets artistiques à réaliser à la maison, dans les pas des artistes exposés : un poster comme Lawrence Weiner, un imprimé en tampons abstraits comme Eva Hesse, une nature morte comme Audrey Flack ou Felix Nussbaum ou une sculpture à partir d’objets trouvés comme Rachel Feinstein. Le Musée d’Israël a développé un coin des enfants (“Children’s Corner”) sur leur site de ressources virtuelles. On y trouve des peintures classiques à colorier, des activités guidées (atelier de sable avec le célèbre artiste Micha Ullman, faire une lanterne avec des lasagnes, des bijoux avec d’anciennes diapositives, etc) ou encore des vidéos éducatives (sur l’histoire des rouleaux de la mer morte ou bien l’invention de l’alphabet). 

 

Peut-être sont-ce des musées que vous avez déjà visités avec vos enfants ou vos élèves, que vous aviez prévu de visiter prochainement… ou pas du tout. Dans tous les cas, parmi les nombreuses opportunités inattendues données par la crise du Coronavirus, nous pouvons saisir celle de visiter ces fantastiques musées avec nos enfants. C’est l’occasion de leur montrer le judaïsme non pas dans des livres ou les habitudes familiales (qui sont tous deux infiniment précieux!) mais à travers des objets d’autres gens, d’autres communautés, d’autres époques et lieux. Si vos enfants sont suffisamment autonomes, ils peuvent même se promener sur ces sites seuls pendant que vous participez à une visioconférence. 

 

Pour vos enfants, visiter un musée juif physiquement ou virtuellement, c’est l’occasion de se promener dans une histoire en partage, de se sentir appartenir à quelque chose de plus grand, de plus loin que soi-même. C’est l’occasion de s’interroger sur ce que sa vie aurait été si on était né dans le Mellah à Casablanca à la fin du XIXe siècle, dans le Comtat Venaissin ou à Odessa en 1910. Enfin bref – l’occasion de voir plus loin que les murs de nos maisons confinées ou que les vacances annulées.