Illustration Rachel Lwk pour Ta Shma (c)

 

Gabriel Abensour a créé avec le Rabbin Bitya Rozen-Goldberg le Beit Hamidrash indépendant Ta Shma à Jérusalem. Nous l’avons interrogé sur son parcours et son approche de l’étude – ainsi que ce que le projet Ta Shma y représente. 

 

Faustine Goldberg-Sigal: Pourquoi avez-vous décidé de fonder le Beit Hamidrash Ta-Shma avec le rabbin Bitya Rozen-Goldberg?

Gabriel Abensour: Je suis né dans une famille pratiquante à Strasbourg et dès l’enfance, je me suis découvert une passion pour le judaïsme et l’étude. À 18 ans, je quitte la ville pour une yeshiva en Israël, taraudé par ce sentiment que quelque chose me manque. Avec du recul et des années d’études dans des institutions talmudiques et au département d’études juives à l’Université Hébraïque de Jérusalem, je peux dire que je cherchais un judaïsme exigeant, tant au niveau intellectuel que moral. Un judaïsme où l’étude des textes est centrale mais où la tradition est aussi inclusive et permet un questionnement critique, une approche polyphonique et où l’étude allie outils traditionnels et universitaires. J’ai eu la chance d’avoir rencontré Bitya Rozen-Goldberg, qui venait de recevoir sa smikha (elle est à ce jour la seule femme française à avoir une ordination rabbinique orthodoxe !) et qui avait eu un parcours personnel à la fois proche et différent. Chacun enseignait déjà ici et ailleurs, mais nous rêvions d’un lieu d’étude en français, qui comble ce qui nous avait manqué quand nous avions nous même commencé nos chemins respectifs.  

 

FGS: En quoi Ta-Shma est-il différent de ce que connaît déjà  le public francophone ?

GA: Ta-Shma est, à ma connaissance, le seul lieu d’étude francophone à proposer une étude sérieuse des textes avec une méthodologie alliant outils universitaires et traditionnels, le tout dans une ambiance non-dogmatique, dirigé par des femmes et des hommes aux parcours juifs pluriels. 

Ta Shma, c’est surtout une plateforme, que nous mettons à la disposition des étudiants et étudiantes. Nous œuvrons pour que le contenu soit toujours précis, stimulant et varié mais nous laissons chacun choisir la façon avec laquelle il désire traduire ce contenu dans sa vie propre.

 

FGS: Qu’est-ce qui est actuellement disponible depuis la France parmi votre offre?

GA: Malheureusement pas assez, car nos activités sont surtout à Jérusalem. Ceci étant dit, des intervenant/es de Ta Shma voyagent régulièrement à Paris pour enseigner (suivez notre page Facebook en cliquant ici pour vous tenir informés), nous sommes plusieurs à écrire régulièrement dans des revues juives disponibles en France, comme Tenou’a et l’Éclaireur et quelques vidéos d’enseignants de Ta Shma sont disponibles sur Akadem (notamment plusieurs vidéos de Noémie Benchimol et quelques-unes de moi-même). Nous espérons mettre bientôt sur pieds un séminaire d’étude ponctuel en France et peut être aussi proposer des cours en ligne. 

 

FGS: Ta Shma dans 20 ans, ce sera…

GA: Un lieu d’étude fonctionnant tout au long de l’année à temps plein ? Je pense que la demande existe et qu’elle peut d’ailleurs aller en augmentant. Les juives et juifs francophones ont soif de savoir mais ne se retrouvent pas toujours dans des lieux ayant une vision très monolithique de ce qu’est le judaïsme et de ce que signifie être juif/ve au 21e siècle. 

Quoiqu’il en soit, les projets ne manquent pas et pour l’instant la demande est au rendez-vous. C’est surtout Bitya et moi qui manquons cruellement de temps pour oser des projets supplémentaires. Nous y allons pas à pas. Les activités augmentent d’année en année.  

 

FGS: Pourquoi tout le monde devrait s’inscrire au séminaire d’été à Jérusalem?

GA: Parce que tout le monde devrait prendre un moment dans sa vie pour interroger son identité juive et approfondir sa connaissance des textes juifs. Parce que la tradition juive est un fleuve aux multiples affluents qui peuvent enrichir bien des gens. Parce que ce séminaire se fait en collaboration avec l’institut Pardes, qui permet aux francophones de rencontrer des juifs du monde entier, de s’ouvrir à cette diversité qui fait notre richesse et d’apporter eux aussi une “french touch” aux juifs du monde anglophone. Et aussi, car c’est l’occasion de passer trois semaines à Jérusalem et de découvrir cette ville si belle et si centrale pour le monde juif et l’Humanité. 

 

FGS: Si quelqu’un veut se mettre à une pratique autonome d’étude de texte, comment conseillez-vous de commencer?

GA: Il faut commencer par les bases, et tout d’abord par l’hébreu, puis l’araméen. Il est quasiment impossible d’acquérir une autonomie de façon autodidacte et il faut donc suivre des cours, en donnant la priorité à ceux permettant d’acquérir des outils. Laissez tomber les cours qui ne sont pas sur texte, privilégiez ceux où l’on insiste sur les concepts et les mots-clés. En parallèle, avoir un compagnon d’étude (havrouta) reste le meilleur moyen pour progresser rapidement. L’idéal est d’avoir un compagnon d’étude avec qui réviser dans le texte un cours que vous suivez. Dès que vous vous sentez plus à l’aise, tentez une étude suivie sur un livre/texte qui vous plaît. 

De nombreux outils existent aujourd’hui en français, hébreu et anglais pour se lancer dans l’étude. Toujours est-il que rien ne remplace le travail des textes au corps et la possibilité de s’y consacrer quelques semaines à temps plein. C’est précisément pour cela que le séminaire d’étude de Ta Shma & Pardes existe !

  

 Informations et inscriptions: 

Site: https://www.pardes.org.il/summer-francais 

Email: [email protected]