Par Faustine Goldberg-Sigal 

 

« Show, don’t tell » (montrer au lieu de dire)! Il s’agit d’une technique, souvent attribué au dramaturge Russe Anton Tchekov, consistant à laisser le lecteur faire l’expérience de l’histoire par ses propres sens et actions plutôt que par la médiation ou description de l’auteur. Cela crée un rapport à l’histoire plus riche et plus profond à l’événement. C’est sans doute le sens du midrash selon lequel tous les juifs de toutes les générations étaient présents au Mont Sinaï, ou bien du texte de la haggadah de Pessah qui nous enjoint à nous sentir libérés d’Egypte à chaque génération. Ces événements sont d’une importance telle que l’idéal pour les connaître serait d’en avoir fait l’expérience directe. 

En éducation juive, la meilleure façon de s’en approcher est de montrer aux enfants des sources primaires, tels que des textes originaux, mais aussi des objets rituels, des journaux communautaires d’époque, des chansons populaires, des témoignages personnels, etc. Dans le cas de Pessah par exemple, nous nous efforçons de manger des aliments qui puissent nous faire ressentir directement et quasi-charnellement l’esclavage et la sortie d’Egypte. C’est aussi l’enjeu de permettre à quelqu’un d’étudier le Talmud dans le texte. Si ardu soit le texte araméen, il découle de cette rencontre un enrichissement et une satisfaction avec laquelle une traduction ne peut pas rivaliser. 

La Bibliothèque Nationale d’Israël a créé une ressource spécifiquement pour un·e éducateur·rice souhaitant donner cette opportunité à ses élèves. La partie éducative de leur site comporte des dossiers documentaires par thème (un pour chaque fête juive, pour chaque livre de la Torah, des épisodes ou personnages historiques comme l’Affaire Dreyfus, des cartes d’Israël à travers les siècles). Tous les documents sont assortis de commentaire qui les remettent en perspective et aident à voir leur portée historique. Chaque dossier comporte des suggestions détaillées d’activités pédagogiques. Tous les dossiers sont accessibles gratuitement sur internet, en anglais. Pas d’inquiétude si ce n’est pas votre fort, (outre le secours bienvenu de Google Translate), l’intérêt principal reste le visuel et vous devriez vous repérer sans difficulté. 

Pour Rosh Hashana par exemple, faire étudier et comparer à des enfants des cartes de voeux de différentes communautés et époques leur permet de créer un lien entre la fête de leur famille et celles de milliers d’autres à travers les époques et continents, d’Allemagne aux Etats-Unis, en passant bien sûr par la France. Cela leur donne aussi un aperçu de ce qu’était la vie des juifs de ces communautés, ce qu’ils espéraient, ce qu’ils mangeaient, etc. Cela leur permet de situer la portée d’un rituel, d’un livre, d’un personnage dans la grande histoire juive – et ainsi de s’y inscrire eux-mêmes. Peut-être trouveront-ils en commun avec les juifs figurant sur les cartes postales qu’ils fêtent Rosh Hashana, ou que leur père porte un talit à la synagogue, ou qu’ils vivent en France, etc. En cela, cet outil permet répond à un enjeu encore plus grand que celui de la transmission d’une fête en particulier – elle permet à un juif en construction de mesurer comme ce dont il fait parti est grand, riche et varié. 

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